Une chance africaine pour la diaspora des déportations

On entend par « diaspora des déportations », les Africains nés et vivant hors d’Afrique, parce que l’un au moins de leurs ascendants a été déporté par les Européens lors du Yovodah. Deux des populations emblématiques de cette Diaspora africaine consistent aux Africains-Américains et aux Africains-Caribéens. A ceux-là, et à tous les autres, des politiques publiques africaines volontaristes et innovatrices doivent enfin ( !) permettre de regagner le continent de leurs ancêtres – pour ceux qui le souhaiteraient expressément – dans les meilleures conditions socio-économiques de Renaissance panafricaniste. La récente proposition du président Wade, d’une dotation foncière gratuite aux Ayitiens souhaitant s’installer au Sénégal, est l’occasion de réintroduire aux débats des propositions alternatives imaginées il y a quelques années. Le cinquantenaire est aussi une occasion de revivifier « l’utopie du Retour », telle que certains précurseurs du panafricanisme (Marcus Garvey, notamment) l’ont vaillamment portée.

Les Africains-Américains

La population carcérale africaine-américaine est proportionnellement la plus nombreuse aux EUA. De même, parmi les citoyens étasuniens les plus pauvres, les Africains-américains sont les plus nombreux. Chacun de ces vaincus de l’ultralibéralisme coûte quelque somme en dollars à la Fédération et aux Etats américains. Sans préjudice des causes structurales de cet état de fait, voici l’esquisse d’une idée visant à proposer à certains de ces sœurs et frères une véritable chance de reconquérir leur vie, leur dignité d’êtres-humains.

On suggère que soit calculé, et périodiquement actualisé, le coût budgétaire moyen mensuel de chaque prisonnier et de chaque pauvre. Une dotation financière de sept ans (84 fois ce coût) serait allouée à tout prisonnier ou pauvre Africain-américain consentant librement à refaire sa vie en Afrique Noire, le pays de ses ancêtres. Des associations caritatives africaines-américaines pourraient augmenter cette dotation initiale. Le consentement de chaque candidat serait recueilli solennellement, en présence de parents et amis, par une autorité publique étatsunienne assermentée.

En contrepartie de ce programme, le candidat renoncerait pour vingt ans à séjourner sur le territoire étasunien (même ponctuellement, et sous aucun prétexte), et serait assigné à résidence en Afrique Noire pour le même délai. En aucun cas ce candidat ne serait déchu, même provisoirement, de sa citoyenneté américaine. Mais il pourrait adopter la citoyenneté de son pays africain d’accueil, au plus tard à l’issue de sa dix-neuvième année du programme. Une institution fédérale serait créée pour organiser et coordonner le programme, notamment par la mise à disposition gratuite de toutes informations sur l’Afrique Noire nécessaires et pratiques pour le succès du projet.

Du programme

Dans le cadre d’un stage propédeutique, tout candidat retenu recevra (dans des instituts crées à cet effet idéalement à Luanda, Cape Coast, Gorée ou Ouidah) une formation afrocentrique de six (6) mois sur l’histoire générale de l’Afrique et des Africains depuis l’hominisation jusqu’à l’époque contemporaine, des cours de spiritualité, langues et arts africains.

A l’issue de ce premier stage, l’accord du candidat devra être à nouveau recueilli de manière expresse, définitive et irrévocable. Au bout de ces six mois, chaque candidat choisit un pays africain de destination parmi ceux qui auront préalablement donné leur accord de participation au programme.

Chaque pays africain membre sera représenté au sein d’une commission multipartite (EUA-Afrique) d’évaluation des candidatures. Cette commission accueillera plus tard d’anciens candidats ayant réussi leur retour en Afrique ; elle devra être dirigée à terme par les représentants de ces derniers, qui connaîtront mieux que quiconque les modalités les plus efficaces pour optimiser les ressources du programme.

En échange de 20% de sa dotation initiale, le candidat recevra dans son pays d’accueil :

– un logement, au titre de propriétaire

– un visa de long séjour et un titre de résident permanent

– une initiation à la constitution, à l’administration et à la culture locales

– un soutien scolaire et/ou une formation professionnelle de son choix

– une aide à la création de micro-entreprise ou à la recherche d’emploi

Le « kit » ci-dessus devra être pourvu à chacun dans un délai maximum de six mois, sauf le logement et le visa qui seront à pourvoir immédiatement.

Les Africains-Caribéens

Dans le même ordre d’idée, on suggère qu’Ayiti, Madinina, Karukéra et le département de la Seine-Saint-Denis signent des conventions de coopération avec des pays africains, telles que :

– tout « chômiste » de la diaspora résidant sur leur territoire qui consent librement à refaire sa vie en Afrique Noire, bénéficie d’un programme d’accompagnement quinquennal partiellement financé par ces collectivités nationale et locales.

En contrepartie de ce programme, le candidat renonce à toute aide financière publique ou para publique, toute prestation sociale, pendant dix ans. Il renonce également  à séjourner en France, à Ayiti, voire en Europe, pour la même période. Le candidat s’engagerait fermement à résider dans un pays africain de son choix pendant au moins dix ans. Les couples ou familles de « chômistes » seraient éligibles à ce programme. Mais le consentement d’enfants majeurs serait expressément recueilli séparément. De même, tout enfant arrivé à majorité au cours du programme pourrait refuser expressément d’y participer et regagner de plein droit le pays de provenance de ses parents, en en recevant la citoyenneté.

Chaque candidat recevrait une dotation initiale équivalente à 36 mois de SMIC courant français ou Ayitien, soit le double pour un couple, versée en une ou plusieurs fois selon ses besoins. En échange du renoncement à leur Couverture Maladie Universelle, le programme financerait la construction de deux hôpitaux pour petite ville à Luanda, Cape Coast, Gorée et Ouidah, aux normes OMS, entièrement équipés. Le personnel de ces hôpitaux serait entièrement recruté en Afrique et parmi les candidats au programme, au plafond des salaires localement en vigueur. Le stage propédeutique se fera aux mêmes conditions que précédemment indiquées, en anglais, français, kréyol et en langues africaines locales. Les autres dispositions seront identiques à celles du programme étasunien.

***

Il s’agit bien d’une « esquisse », c’est-à-dire un premier jet où nombre de questions préalables, subséquentes, connexes ont été éludées ou omises. Nous pourrions les identifier ensemble et en discuter pour savoir si cette idée est recevable, à quelles conditions ; ou non.

D’autre part, outre l’intérêt politico-historique évident qu’en pourrait tirer l’Afrique, la mise en œuvre d’une telle idée aurait pour conséquence de lui apporter de nombreux talents et énergies nègres gaspillés aux EUA, où apparemment ils seraient en excès : dans cette population de naufragés du capitalisme, on trouve des sportifs, musiciens, peintres, littérateurs, artisans, employés, ouvriers, etc. Sans oublier l’aspect financier, car le potentiel de ce programme consiste en des millions de pauvres et prisonniers négro-américains, qui induiraient des centaines de millions de dollars d’investissements publics directs des EUA vers l’Afrique.

Plus fondamentalement, il s’agira d’organiser le retour en Afrique de ses fils de la Diaspora, en administrant la preuve par l’exemple que le Pays-des-Ancêtres peut devenir le pays de leur vraie chance de se reconnecter à eux-mêmes comme acteurs d’un avenir individuel et collectif prospère.

KLAH Popo

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À propos afriqueindependance
1960-2010: L'autre cinquantenaire, celui de l'arrêt du processus démocratique en Afrique. Nous voulons saisir cette occasion pour questionner radicalement la situation politique des nations panafricaines. Cet espace se propose de faire un bilan et envisager des perspectives.

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